
Aucune n'est ici pour sa perfection technique. Trois sont même franchement imparfaites. Elles sont là parce qu'elles racontent quelque chose que je n'aurais pas su écrire. Les prénoms ont été changés, et chaque couple ou famille a donné son accord pour la publication.
1. La main du grand-père, cérémonie laïque en Lauragais, juin
Il avait quatre-vingt-onze ans et il n'avait pas prévu de parler. Au moment des vœux, il s'est levé, il a marché jusqu'à sa petite-fille et il a simplement posé sa main sur la sienne. Personne n'a rien dit pendant dix secondes. J'étais à quatre mètres, avec la focale longue, et j'ai fait trois images. Celle-ci est la deuxième.
C'est ma photo de l'année. Elle ne montre aucun visage.
2. La fenêtre de la chambre d'hôtel, préparatifs, avril
Neuf heures du matin, une chambre trop petite pour douze personnes, et une seule fenêtre. J'ai attendu que tout le monde sorte fumer une cigarette. Il est resté trente secondes de silence, elle s'est approchée de la vitre et elle a regardé dehors sans raison particulière.
Ce que j'aime ici, c'est ce que la photo ne montre pas : le désordre à un mètre à droite du cadre.
3. L'averse du 12 juillet, sortie d'église à Montauban
Il faisait 34 degrés une heure plus tôt. L'orage est arrivé pendant la cérémonie, exactement comme la météo l'avait annoncé et exactement comme personne n'avait voulu le croire. Les invités ont sorti trente parapluies, les mariés ont couru en riant sur vingt mètres, et cette image est devenue leur faire-part de remerciement.
Je garde toujours deux parapluies transparents dans le coffre. C'est la troisième fois qu'ils servent.
4. Le premier bain, séance nouveau-né à domicile, février
Ses mains à lui étaient énormes. Elle pesait 2,9 kilos. Il tremblait un peu et il ne voulait pas qu'on le voie.
Techniquement, cette image est mauvaise : trop de grain, une salle de bain sans lumière, un carrelage vert que je n'ai pas pu corriger complètement. Elle est dans mes dix quand même.
5. Les cousines, vin d'honneur au château, septembre
Elles ne s'étaient pas vues depuis six ans. Elles se sont installées sur un muret à l'écart, et elles y sont restées quarante minutes.
Je photographie beaucoup les vins d'honneur au téléobjectif, à dix mètres, sans que personne me remarque. C'est là que se trouvent les meilleures images d'un mariage, et presque jamais devant le buffet.
6. L'atelier du souffleur de verre, reportage métier, novembre
Une demi-journée dans un atelier du Tarn, à quarante degrés ambiants et avec un seul point de lumière : le four. J'ai travaillé à grande ouverture, en exposant sur les braises et en laissant l'homme partir en silhouette.
Il m'a dit à la fin : « Vous avez photographié le feu, pas moi. » C'était le but.
7. Le fou rire de la photo de groupe ratée, mai
Celle-ci est objectivement ratée. Personne ne regarde l'objectif, un enfant traverse le cadre en courant, la tante de gauche a les yeux fermés.
Je l'ai livrée quand même, en plus de la version « correcte » prise vingt secondes après. C'est celle que les mariés ont fait tirer en grand format.
8. La grand-mère devant la piste, minuit, mars
Elle n'a pas dansé de la soirée. Elle est restée sur sa chaise, à regarder ses arrière-petits-enfants sauter partout. J'ai fait une seule image, au flash indirect, à environ 23 h 50.
Elle est morte quatre mois plus tard. La famille m'a écrit pour me demander cette photo en tirage. C'est la seule fois cette année où j'ai pleuré devant un écran de tri.
9. La séance grossesse de 7 h du matin, canal du Midi, août
Il faisait déjà 26 degrés à sept heures. Nous avions choisi ce créneau à cause de la canicule, et c'est devenu la meilleure décision de la séance : brume sur le canal, lumière horizontale entre les troncs, et personne d'autre que deux rameurs.
Je propose désormais systématiquement le créneau du lever de soleil pour les séances grossesse de juillet et août.
10. Le regard du marié pendant le discours de son frère, octobre
Pendant les discours, je me place face aux mariés, jamais face à l'orateur. C'est un choix que je fais depuis longtemps et que je ne discute plus : ce sont leurs visages que vous voudrez revoir dans vingt ans, pas celui de la personne au micro.
Ce soir-là, son frère a parlé quatre minutes. J'ai fait quarante images. Celle-ci est à la troisième minute.
Ce que ces dix images ont en commun
En les remettant côte à côte, je me suis rendu compte qu'elles obéissent toutes aux mêmes principes — et qu'aucun n'est technique.
- Huit sur dix sont des moments que personne n'a organisés. Le programme d'un mariage produit des étapes ; les photos qui restent arrivent entre les étapes.
- Quatre sont prises à plus de huit mètres, au téléobjectif. La distance est ce qui permet aux gens d'oublier l'appareil.
- Trois sont techniquement discutables — grain, dominante de couleur, cadrage imparfait. Aucune n'a été écartée pour cette raison.
- Aucune n'est retouchée au-delà de ma charte habituelle : lumière, couleur, éléments accidentels. Pas un corps ni un visage modifié.
- Sept sur dix montrent quelqu'un qui regarde ailleurs. Le regard caméra est utile pour un portrait ; il est rarement ce qu'on garde d'une journée.
Ce sont les mêmes principes que j'applique le reste de l'année, dans les 400 à 700 images que contient une galerie de mariage.
Questions fréquentes
Publiez-vous les photos de tous vos clients ?+
Non. Rien ne sort sans accord écrit, et cet accord se donne image par image, pas en bloc. Beaucoup de couples acceptent quelques photos et en refusent d'autres — un enfant reconnaissable, un invité qui ne souhaite pas apparaître — et c'est parfaitement normal. Un refus n'a aucune conséquence sur la prestation ni sur son prix.
Puis-je demander le retrait d’une photo déjà publiée ?+
Oui, à tout moment et sans avoir à vous justifier. Écrivez-moi, l'image disparaît du site et des réseaux sous quarante-huit heures. Les publications déjà partagées par des tiers échappent en revanche à mon contrôle : c'est la seule limite, et elle vaut la peine d'être connue avant de donner un accord.
Envie de voir davantage de reportages ? La galerie complète rassemble les images de l'année, et mes reportages de mariage démarrent à 490 €. Une date en tête ? Écrivez-moi : je réponds sous 24 h.